
Cela faisait plus d’1 an que je n’avais pas pêché cette gravière aux fonds très irréguliers et je dois dire que je ne pensais pas la repêcher un jour…
En effet, ayant déménagé en juin 2005 je laissais ce véritable trésor à plus de 3OO km de mon domicile, mais l’idée de tremper mes lignes pendant 48h en cette fin de saison me démangeait et c’est donc ce vendredi 3 novembre que j’ai retrouvé cette terre où tous les espoirs sont permis …
A mon arrivée, vers 14h, le lac est vide de carpistes et les températures prévues pour le week-end (largement en dessous de 0°C) me confortent dans l’idée que peu de courageux viendront tremper leurs lignes. Pour ma part les températures ne me gènent en aucun cas car, certes, il y a eu un refroidissement très brusque mais il n’a pas plu depuis la chute des températures ce qui veut dire que l’eau ne subit qu’un léger refroidissement et seulement en surface.
Je passe une bonne heure à regarder la surface de l’eau à la recherche du moindre signe qui pourrait trahir la présence de carpes mais l’eau reste figée.
Je gonfle donc le zod pour passer un p’tit coup d’écho et placer mes lignes précisément sur différentes cassures et dans différentes profondeurs.
L’eau du lac est à 13°C en surface et quelques blancs mouchent sur une partie du lac. Je passe un long moment sur l’eau et très vite le soleil se fait de moins en moins présent et aucune canne n’est encore placée. Je contemple les superbes couleurs depuis le fond de mon boat et songe encore au type d’approche que je vais employer car cette gravière est vraiment difficile à pêcher.
En effet plusieurs points ne sont pas à négliger :
Le premier est que la population de poissons y est très faible voir très très faible et par conséquent la localisation de ceux-ci est vraiment difficile.
Le second point est que le lac est absolument pourri d’obstacles en tous genres (des arbustes noyés essentiellement) et le taux de réussite ne dépasse généralement pas les 20% (tous pêcheurs confondus). Et enfin le troisième point est que la nourriture naturelle y est très présente et les poissons trouvent de quoi s’alimenter sur chaque cm² de fond ce qui complique l’intérêt pour nos bouillettes mais également le placement des lignes car nous ne sommes pas dans le cas de figure ou il y a une poche de vase qui déroule et hop le tour est joué !

Les derniers rayons du soleil disparaissent dans un paysage qui n’a rien à envier à Ushuaia (j’rajoute un peut là quand même !) et mon choix est fait quand au placement des lignes, mais je suis face à un souci. Je n’ai pas mes « baballes » pour pêcher derrière les obstacles et pire que cela je ne trouve pas une seule pierre adéquate pour réaliser de bons montages au cassant. Il fait nuit noire et il commence à faire très froid, mon collègue ne doit arriver que dans quelques heures et il est encore possible de l’appeler pour qu’il ramène quelques sceaux de pierres. En attendant je place mes lignes avec des plombs et sans « baballes » en espérant avoir un énorme coup de chance en cas de départ.
Il est environ 20h30 lorsque mes opti épices whisky provoquent un drop-back violent sur la canne située dans 2,5 m d’eau au bord d’un herbier situé sur la berge opposée. Je saute sur la canne, sents de violents coups de tête et saute dans le bateau pour aller à la rencontre du poisson, mais je n’ai pas de moteur et je mets donc beaucoup trop de temps à arriver à l’aplomb du poisson. Résultat le poisson s’est tanké à quelques mètres du spot
. Je suis littéralement dégoûté car les départs sont souvent très rares sur ce lac et lorsque l’on rate d’entrée de jeu c’est souvent mauvais signe.
Retour au poste et préparation de cassant car mon pote Nico vient d’arriver avec les précieuses pierres. Je le laisse monter sont matos et nous partons sur l’eau pour placer ses lignes. Il fait de plus en plus froid et le brouillard provoqué par la chaleur du lac est tellement épais qu’il est vraiment très difficile de trouver les spots sans repères visuels, d’autant plus que pour la plus part il sont très petits (petites butes et petites fausses). Au retour sur le poste nous constatons que le thermomètre indique -5°C mais surtout que, dans la précipitation, Nico a oublié le chauffage … la nuit va être longue très longue !

Vers 23h, alors que nous parlons pour oublier le froid, un bip se produit sur la batterie de Nico sur une canne située au pied d’une bute passant de 4 à 2,3 mètres. Nous sortons pour inspecter le swinger lorsque un deuxième survient suivi d’un troisième. La bobine commence à tourner légèrement (le départ typique du gros tracteur qui ne sent même pas la piqûre de l’hameçon) Nico prend la canne et sent très vite un poids lourd, nous sautons dans le zod et partons tels les lapins de la pub duracell à la rencontre du poisson avant qu’il ne se réfugie dans un obstacle. Arrivés au dessus du poisson, celui-ci est bloqué ! Après de nombreux efforts le montage surgit de l’eau sans le poisson bien sur !
Nous retournons sur le poste déçus, mais conscients que nous avons fait de notre mieux et qu’il n’y avait pas vraiment autre chose à faire.
Vers 2h un départ survient sur les cannes de Nico mais c’est une saloperie de bremme d’une taille impressionnante qui nous forcera à braver une fois de plus le brouillard et le froid.
Au petit matin je pars chercher des « baballes » et Nico va chercher son chauffage pour la nuit à venir. Nous replaçons par la suite nos cannes et profitons de cette journée très ensoleillée qui nous fait presque oublier les déceptions de la nuit passée. Vers 13h un départ très lent nous fait sauter dans le zod, le poisson semble encore une fois très lourd et se loge dans un herbier. Pas grave c’est toujours mieux que ces putains d’arbustes ! On tourne autour et on essaye de libérer la carpe lorsque celle-ci se décroche !!!!!!!!!! P’tain la poisse !!! Après inspection du montage celui-ci était défectueux mais je ne peux pas en vouloir à Nico car il ne pêche que depuis 3 mois et m’impressionne de jour en jour en terme de progression.
Aucun départ de plus dans la journée et cette fois ci je replace mes montages avant la nuit de manière à moins galérer avec le brouillard. La soirée se passe nettement mieux que la veille car nous sommes enfermés dans le biwi avec le chauffage à fond une entrecôte au pâtes dans nos assiettes et surtout devant le lecteur de DVD portable de Nico (c’est beau la technologie).

Il est 22h et je m’inquiète car cela fait plus de 24h que ma batterie n’a pas produit le moindre bip. Perdu dans mes pensées je finis par m’endormir mais pas pour longtemps car les opti épices whisky font de nouveaux mouche avec un départ le long des herbiers. Je sors du biwi en T shirt et pieds nus (ba ouai il faisait chaud dans l’biwi) je fonce vers la canne et ferre énergiquement avant de prendre conscience que… çà CAILLE !!! 
Nico m’amène mes chaussures et nous partons le plus vite possible au dessus du poisson avec le zod. Cette fois ci le poisson n’est pas bloqué et nous impressionne par un énorme claquement de queue à notre arrivée. Cette fois-ci nous sommes à armes égales et le combat va être un véritable rapport de force car le poisson a encore toute sa vitalité. Je sais pertinemment qu’il ne faut pas que le poisson ne plonge à plus d’un mètre sous la surface si je veux garder mes chances de le sortir mais celui-ci n’est pas du même avis et m’en fait voir de toutes les couleurs en passant régulièrement sous le bateau. Au bout de 10 minutes le combat change littéralement et le poisson ne cherche plus à gagner le fond mais nage de toute sa puissance à fleur d’eau en nous traînant sur plusieurs dizaines de mètres et se dirigeant vers une bordure encombrée d’arbres. Le bateau fuse sur l’eau à une vitesse impressionnante et je suis maintenant certain d’avoir affaire à un beau poisson. La ballade en bateau a continué encore un petit moment avant que le poisson ne rende les armes et rentre dans l’épuisette
. Un coup de lampe et c’est la joie qui éclate ! C’est une quasi linéaire massive qui fait sûrement plus de 15 kg. Je fais des bonds dans le bateau car comme je vous l’ai dit plus haut les poissons sont vraiment durs à sortir de ce plan d’eau.
A notre retour sur la berge, je décroche le poisson et fais une estimation dans l’épuisette avant de sortir le poisson de l’eau. Je l’estime à environ 16 kg mais Nico la voit plus vers les 18kg. J’me fous de sa gueule et lui dis qu’il ne faut quand même pas rêver, mais en soulevant le filet, je change brusquement d’avis.
Nous sortons le waymaster et le tarons avec le sac de pesée mouillé. Je soulève le peson et lui demande le verdict il me répond que je vais halluciner et qu’il vaut mieux que je regarde moi-même. Verdict 19kg tout rond WOUHOU !!!! Mon record en linéaire est explosé et ce poisson est vraiment magnifique je saute partout sur la berge tel un marsupilami et cries ma joie dans le brouillard !
Durant la nuit je me lèverai 3 fois pour inspecter que le sac était bien au bon endroit et que la carpe ne s’agitait pas trop.
Au petit matin la séance photo me comble de bonheur et c’est seulement après un gros bisou que la belle a rejoint son élément paisiblement ; la force tranquille quoi.

Regardez bien, elle est presque "two tones" 

Une bouche saine ...

La force tranquille ...
Dans ma vie de carpiste j’ai pris quelques grandes carpes mais je dois dire que celle-ci m’a procuré un plaisir bien plus intense, unique, quelque chose qui me dit que je ne suis pas près de mettre les cannes au placard. Chaque passion occupe un rôle dans notre vie, pour ma part la pêche de la carpe est ma seule réelle passion parfois j’ai du mal à vivre avec, mais ne peut vivre sans, tel une histoire d’amour, je vis dans le rêve aquatique.
Mesa.