Comme dans un rêve
Le propre d’une histoire est de nous faire rêver, de transcender notre imaginaire alors laissez moi vous raconter une belle histoire de pêche.
J’ai depuis longtemps enfoui en moi l’espoir parfois utopique, de capturer l’image immortelle d’une grande commune alors je fréquente assidument les berges avec l’envie de réaliser ce rêve.
C’est sous les rayons bienfaiteurs d’un doux soleil de fin d’été que j’arrive à destination, un léger vent de sud ride la surface de l’eau. L’endroit est superbe, j’ai 3 nuits de pêche devant moi, j’y crois fort !
En cette fin d’après-midi, je suis sur mon embarcation pour déposer mon dernier montage quand j’entends un micron hurler au loin.
Je rejoins la berge au plus vite mais plus rien ne bouge à mon arrivée sur le poste. Cependant, je sais que les poissons se calent parfois dans l’abondante végétation aquatique alors je saisis tout de même la canne. Arrivé à la verticale du montage, je suis heureux de constater qu’un cyprin s’agite au bout. Celui-ci monte rapidement en surface mais pour mieux replonger en force !
Au terme d’un superbe combat j’épuise ma première prise de la session : le début est prometteur, j’attends la suite avec impatience !!!

La soirée arrive : mes offrandes sont en place, je suis étrangement serein.
Peu avant minuit : j’enregistre une légère tirée sur la même canne : je tente un combat du bord au terme duquel j’épuise un brème immense avec quelques kilos d’herbe !
Je replace le piège.
Hormis les rats qui s’agitent et gambadent allègrement le longs des berges aiguisant leurs dents sur tout ce qui traverse leur champ olfactif, la nuit s’écoule calmement.
Mais vers 4H30 biiipppp. Pas le temps de cogiter, je saute pieds nus dans le bateau. Quel plaisir de se retrouver aux prises avec une belle carpe sous le magnifique ciel étoilé de cette douce nuit, suis-je au paradis ? Je dois tirer fort sur le carbone pour emmailloter dans mon épuisette une grosse masse lisse au ventre rebondi.
5H30 : rebelote : le premier poste productif me récompense de nouveau par un beau départ suivi d’un grand combat avec à la clé un poisson majestueux tout en longueur !

Au matin : séance photo !
13H30 : une canne isolée dans une anse m'amène une visiteuse de taille moyenne que je relâche immédiatement.
La fin d’après-midi est occupée par le repositionnement des montages et l’amorçage qui est réalisé de façon à intercepter des poissons de passages évoluant en petits groupes.
19 H : tout est en place pour la nuit mais pas pour longtemps car le haut fond me livre un nouveau poisson à la morphologie particulière qui semble apprécier mes appâts.
En milieu de nuit alors que la pluie qui avait fait son apparition dans la soirée s’interrompt enfin, la canne de la cassure me livre une petite commune qui rejoint son élément illico.
Au petit matin ce n’est pas mon réveil mais bien un départ sur ma canne posée dans 5 m qui m’éjecte du duvet.
Une belle torpille matinale vient me saluer.
10H30 : alors que je somnole dans la tiède moiteur de mon abri, un tout droit furieux et interminable me sort de mes pensées.
Arrivé à la verticale du poisson je ne comprends pas vraiment ce qu’il se passe car malgré la forte pression que j’exerce, la masse ne décolle pas, pire même, je me fais tracter par le bestiau.
La canne cintrée à mort fouette l’eau, le matériel est mis à rude épreuve mais répond présent. Je réalise que j’ai affaire à un poisson hors du commun et malgré les doutes qui m’assaillent et la peur de perdre ce poisson qui me tiraille, je dompte mes nerfs, contrant patiemment chaque rush, jouant du moteur pour éviter les écueils dans lesquels la bête m’entraîne.
Après un laps de temps indéterminé, probablement une éternité, j’aperçois brièvement dans l’eau cristalline le grand battoire qui lui sert de nageoire caudale car déjà elle replonge avec une force et surtout une vitesse que je ne n’aurais jamais imaginée chez un poisson de ce gabarit !
La lutte fut longue et épique, mais quand enfin elle a abdiqué et s’est couchée sur le flanc, offerte à mon épuisette, j’ai imploré la clémence de tous les dieux pour qu’ils m’offrent ce poisson !
J’ai ensuite laissé s’échapper un long yeeesss !!! je crois qu’il résonne en ces lieux !
Je pense qu’après j’ai volé jusqu’à mon campement ou alors j’ai marché sur l’eau ! Je ne sais plus !

un véritable Léviathan !
C’est lors de la séance photo que j’ai commencé à revenir à la réalité car j’ai un peu souffert pour effectuer les prises de vue avec un tel engin, cependant le sourire est de rigueur !
Je suis bel est bien éveiller et je peux enfin contempler ce poisson de rêve sur mon tapis de réception. Ces instants resteront à jamais gravés dans ma mémoire et il me faudra plusieurs jours redescendre de mon nuage !
La suite sera un peu plus calme : même si à 13 H30 : la canne de l’anse me livre une nouvelle carpe quasiment à la même heure que la veille.
La fin d’après-midi arrive, la pluie a cessé, le vent a tourné et les températures s’en ressentent !
Le moment de folie est semble-t-il passé car la nuit sera calme.
12H30 : après quasiment 24 H d’inactivité et alors que je commence à rassembler mes affaires, le haut fond m’offre un nouveau départ. J’ai déjà enlevé le moteur du bateau, il va falloir que je rame contre le vent.
Heureusement : un belle surprise à écailles me récompense.

Il est 13 H quand le montage déposé dans la anse trouve également preneur !
Le poisson se décroche, tans-pis on ne gagne pas à tous les coups !
Il est déjà l’heure de quitter ce cadre magique et encore préservé, mais je rentre heureux et comblé car j’ai touché du doigt ces instants insaisissables où tout semble pouvoir se réaliser.
Je me suis appliqué, j’ai bossé dur, ne comptant pas mes efforts, cependant les conditions météo m’ont été favorables, et la chance de mon côté. Tous ces ingrédients pour que je vive une session mémorable, comme dans mes rêves !
Cependant cette partie de pêche n’est pas un aboutissement mais une étape, car notre passion est une quête perpétuelle à jamais inachevée, dans une nature en constante évolution .. alors le rêve peut continuer.
Ce récit n’a pas pour but de me valoriser, mais simplement de partager avec d’autres passionnés une partie de cette belle et grande aventure qu’est la pêche de la carpe.
Je vous souhaite de vivre de tels moments de grâce où les rêves peuvent être exhaussés …